Magali Béarnais, avocate au barreau d'Agen spécialisée dans la défense des étrangers, à propos du règlement de Dublin III "Il faut supprimer Dublin III" le règlement du Parlement européen et du Conseil européen numéro 604-2013 du 26 juin 2013, dit "Règlement Dublin III", est un texte normatif de l'Union européenne, de 49 articles, consacré au règlement juridique du droit d'asile en vertu de la Convention de Genève (art. 51) dans l'Union européenne pour des étrangers qui formulent une demande d'asile dans un pays et sont interpellés dans un autre pays de l'Union européenne. Entré en vigueur le 19 juillet 2013 et appliqué à partir du 1er janvier 2014, et succédant au règlement Dublin II, ce texte institue un principe simple en théorie, mais qui pose de nombreux problèmes en pratique : le pays dans lequel a été formulée la demande d'asile étant celui qui est chargé de son instruction et de la décision finale." Pratiquement un demandeur d'asile en France par exemple est renvoyé dans le premier pays où il a posé le pied, le plus souvent, l'Italie, l'Espagne et la Grèce là où furent prises ses premières empreintes. Ainsi sur l'ensemble des pays européens, en 2017, 41 500 personnes ont été « dublinées » sur 121 000 entrants. La procédure est longue, coûteuse, renvoyés en Italie ou en Espagne, les migrants reviennent le plus souvent dans le pays d'expulsion. Pour l'avocate, c'est une procédure peu humaine, alors que la charte européenne prône des valeurs indivisibles de liberté et d'égalité, plaçant la personne au coeur de son action, comment a-telle pu créer un tel règlement? Elle en souhaite la suppression pure et simple, surtout sans remplacement par un Dublin IV.

Nathalie Founaud-Veysset. Maire de Monflanquin 47 Accueil d'une famille syrienne. (voir Ancrage N° 63)"Fière d'être maire de Monflanquin" Répondant à une demande de la préfecture de Lot-et-Garonne, en 2015, à l'unanimité le conseil municipal de Monflanquin (2300 habitants environ situé au nord du département) décide le principe d'accueillir sur la commune une famille de réfugiés dans l'urgence. La commune possède deux logements vacants qui feront l'affaire une fois rafraîchis. Une cellule est mise en place composée de gens avec des compétences et du temps, animée par une élue par ailleurs vice-présidente du conseil départemental. La famille, des syriens réfugiés dans un camp au Liban n'arriveront en fait pas par l'intermédiaire de la préfecture mais par un canal de regroupement familial, là aussi l'attestation d'accueil par la commune a été décidée à l'unanimité d'un conseil municipal pourtant pas politiquement monocolore. Au final, une famille de 7 enfants, en situation régulière à leur arrivée, prise en charge par les bénévoles de la commission, apprentissage du français, soins médicaux, déplacements, chemin vers l'autonomie, etc.. Pourtant, Monflanquin est loin de tout, la préfecture à Agen, le Prada à Bordeaux, l'Ofpra en banlieue parisienne. La demande d'asile a été déposée en novembre 2017, l'entretien à l'Ofpra début 2018 et l'asile accordé le 23 mars 2018.Quand on demande à Nathalie Founaud-Veysset si des oppositions se sont manifestées dans sa commune, elle répond en souriant: "Non, elles ne nous sont pas remontées" Ajoutant dans un sourire: "Je suis fière d'être maire de Monflanquin."

Pascale Millet équipière de la Cimade 47, ancienne responsable départementale. Le face à face avec les exilés "Nous accueillons des personnes invisibles" La Cimade, Comité Inter-Mouvements Auprès Des évacués, créée en 1939 par deux protestants, Madeleine Barrot et un pasteur, pour venir en aide aux évacués de l'époque. Aujourd'hui, la Cimade exerce une solidarité active et de soutien politique aux migrants, aux réfugiés et aux déplacés, aux demandeurs de droit d'asile et aux étrangers en situation irrégulière. Les saisonniers, les femmes, les mineurs, principales victimes que la Cimade prend en charge en Lot-et-Garonne: "Le mot qui m'est venu pour parler d'eux : " les invisibles ". Ils sont là, se cachent parfois, leur situation est en suspens, elle n'évolue pas. Ils vivent avec nous mais ne se montrent pas, ne peuvent pas travailler, ne peuvent accéder à aucun droit." "C'est une des difficultés de ce bénévolat : devoir expliquer que le dossier n'a pas beaucoup de chances, que bien sûr on peut faire la demande, mais que la situation est assez claire. Par nos paroles, ces personnes vont affronter cette réalité : " on m'a fait venir, on avait besoin de moi, on m'a élevé à la dignité de travailleur en France, et je suis maintenant rejeté dans la clandestinité ". Et elles redeviennent " invisibles ""Derrière ces exemples, il y a des personnes, nous les rencontrons, nous partageons des moments de vie avec elles, et pour les bénévoles je dois dire que parfois c'est insupportable d'être en contact avec tant d'angoisses, de précarité, de pauvreté, de projets impossibles, de demandes qui les dépassent, d'illusions de petits problèmes du quotidien qui deviennent rapidement insurmontables car sans titre de séjour tout est difficile. Les bénévoles ressentent très souvent un sentiment d'impuissance mais ils le combattent, pour pouvoir continuer et parfois permettre une issue heureuse !Depuis sa création, en 1939, la Cimade prône l'accueil et l'hospitalité envers les migrants, qui est tout simplement le respect du droit à être un humain secouru, soigné, rassuré. Digne, tout simplement. Qui n'a pas droit à la dignité ?La première dignité, c'est l'exercice de ses droits. Et migrer n'est pas une anomalie, c'est un droit naturel des humains et c'est ce qui a permis le brassage des populations. La migration est considérée comme un problème, alors que c'est une richesse.Mme RIGONI et Mme Withol de Wenden sur la scène du centre culturel

Isabelle Rigoni Maître de conférence rattachée au centre Émile Durkheim, Les mouvements d'arrivée des migrants en France et dans le Lot-et-Garonne. "Le Lot-et-Garonne compte 30600 immigrés pour une population de 333 000 habitants, soit prêt de 10%."(Chiffre 2015). colloque_Comm_Villeneuve_sur_Lot.pdf


Philippe Noël Animateur de l'association AMI 24 ouest-accueil et soutien des réfugiés en zone rurale de Dordogne-ouest. « Solidarité et accueil en zone rural »Seule association d'accueil en milieu rural en Dordogne, ami 24 ouest -basée à Parcoul-Chenaud, canton de Saint Aulaye, limitrophe de la Charente fondée il y a 3 ans entoure aujourd'hui 5 familles soit 23 personnes, des chrétiens irakiens venus par Erbil, où la France possède un consulat, l'une des 3 représentations françaises en Irak. Le consulat délivre des visas D qui donnent deux mois pour déposer une demande de carte de séjour temporaire. Ce fut le cas de tous les Irakiens accueillis en Dordogne. 40 bénévoles, qui offrent au moins deux heures par semaine se relaient pour donner des cours de français, 3h par jour sous forme d'entretien. Tous les enfants en âge de l'être sont scolarisés. L'association, qui a embauché un service civique à mi-temps est rigoureusement organisée en différents pôles : suivi scolaire, santé, logement, transports, nourriture, relations avec les associations caritatives (resto du cœur, banque alimentaire) à la recherche de travail. Cela nécessite un budget de 1 000 euros par famille et par mois assuré par les cotisations des membres de l'association et des dons, maigre aide publique, 4 euros par jour et par personne, complété par les bénéfices de vides greniers, de concerts de soutien...L'objectif étant d'emmener progressivement chacune des familles à l'autonomie financière, les aides et la rémunération d'un travail arrivant. L'association est reconnue par la préfecture qui l'associe aux réunions thématiques bisannuelles. Aujourd'hui, une 6 ème famille est attendue, comme les autres, elle sera logée dans l'un des villages de la communauté de communes.

Mme Rigoni et Mme Withol de Wenden sur la scène du centre culturel

Catherine Wihtol de Wenden Docteur en Sciences Politiques, spécialiste des migrations internationales. Les enjeux du XXIe siècle."On n'arrêtera pas les migrations" Catherine Wihtol de Wenden vient de publier la 5e édition de son Atlas des migrations un équilibre mondial à inventer aux éditions Autrement. Une centaine de cartes sur lesquelles elle appuie son brillant argumentaire. Les migrations sont un phénomène structurel du monde, liées principalement aux grandes inégalités du développement, en particulier en Afrique sub-saharienne. A cela s'ajoutent la démographie, l'inégalité face au droit de bouger, pourtant un marqueur de modernité en Occident, mais aussi une offre de voyage colossale de la part des passeurs. Des voyages sans possibilité de retour, cf la situation au Soudan! Les flux sont traités de manière souverainiste, en fonction de l'opinion publique, en l'occurrence du discours de l'extrême droite. "On a peur des gens qui ont peur" affirme-t-elle, alors qu'il suffirait d'ouvrir aux migrants les secteurs des métiers en tension pour résoudre une partie de la question migratoire. "On fabrique l'image de l'indésirable avec des gens qui n'ont pas le droit de travailler et sont donc nécessairement assistés". Assouplir la politique des visas, établir des quotas d'accueil selon la richesse des pays, etc. et de conclure :"Ce n'est pas le défi des migrants mais le défi de la réponse aux questions qui est inquiétant"!