Infolettre 182 - novembre 2018

#FranckenBuiten

Le hashtag en néerlandais, #FranckenBuiten (Francken dehors), renaît à chaque action du gouvernement belge contre les migrants. Catégorique, car la traque des réfugiés est tendance. Une violence physique, une petite fille de deux ans en est morte, et psychique. Deux mots pour demander, exiger, le départ de Theo Francken, secrétaire d’État à l’asile et à la migration depuis octobre 2014. La figure montante de la N-VA, parti nationaliste flamand, 40 ans, a bien compris ce qui lui rapportait des voix. Déclarations fracassantes, souvent fausses, et tweets injurieux enchantent ses adeptes, pauvres moutons en qui il a su injecter la peur de l’étranger. Avec l’aval du gouvernement, en l’absence abyssale d’une réelle politique migratoire, la chasse aux réfugiés se généralise dans une violence sans précédent.

Les demandeurs d’asile ont été rebaptisés migrants, puis transmigrants parce qu’ils visent l’Angleterre. Peu arrivent à leur eldorado. Ceux qui finissent par déposer une demande d’asile en Belgique se retrouvent dans des procédures longues et fastidieuses. L’état ferme les centres d’accueil ouverts et ouvre des places en centres fermés, où sont aussi envoyées des familles, contre les conventions internationales ratifiées. Pour remplir ces prisons, les réfugiés sont traqués. Surtout ceux du parc Maximilien à Bruxelles. Six cents personnes, un nombre constant, dont Francken a fait son étendard au nom de l’« appel d’air ». On les arrête, on les enferme, on les brutalise, on les vole, on les relâche au milieu de nulle part ou on les déporte.

Leurs droits ? Oubliés. Sauf pour la société civile. Organisée en une Plateforme citoyenne de soutien depuis 2015, elle met les réfugiés à l’abri, dans un centre et chez des centaines de famille, elle cuisine des dizaines de milliers de repas, elle propose aide juridique, médicale, cours de langues, écoute. Insupportable pour la N-VA qui s’en prend aussi aux hébergeurs. Perquisitions, gardes à vue, prison préventive, rien n’est épargné aux bénévoles. Le jugement du « procès de la solidarité  » sera prononcé le 12 décembre. La société civile a bon espoir, le droit parlant pour elle. En attendant, indifférente aux menaces, elle supplante l’indignité du gouvernement.

Lucie Cauwe
Journaliste