2018-2019

 

Sans fleurs ni couronnes.

 

Ce premier numéro de l'année 2019 présente un visage différent de nos précédentes éditions. Il s'ouvre sur une fausse « Une » qui témoigne de notre choix de mettre en exergue le drame vécu par les milliers d'exilés noyés en Méditerranée durant l'année 2018.

De réfléchir sur la banalisation de cette situation inimaginable il  y a quelques années encore  et qui a rejoint la chronique ordinaire des faits divers.

Désormais, les disparus en mer « s'estiment » quantitativement dans les journaux au même titre que les fluctuations boursières, la croissance du PIB ou les cotes de popularité.

Au-delà des faits, (lire notre dossier)  nous avons choisi le dessin de notre confrère Bernard Veyri pour exprimer en première page ce coup de gueule en ces temps propices aux bilans et bonnes résolutions.

D'aucuns jugeront ce choix malvenu à l'heure où les effluves de la fête ont fait basculer les locataires de la planète vers 2019.  Ils nous autoriseront à penser le contraire. Ce qui ne nous prive pas de « fêter » à notre façon les équipages navigants  en Méditerranée et de consolider ainsi d'autres statistiques. Celles des exilés épargnés de la noyade. Les Aquarius, Sea-Watch 3, Life Line, Open Arms et tout récemment Aita Mari dont les  humanitaires sauvent l 'honneur d'une Europe de plus en plus hostile et repliée sur elle-même.

L'absence de solidarité européenne a fait basculer l'Italie dans la droite extrême et le rejet des exilés. Les flux migratoires vers la Sicile et Lampedusa ont chuté durant l'été 2018. Les ports italiens furent interdits aux équipages humanitaires, dont l'Aquarius contraint d'accoster en Espagne, la France ayant fait le choix de la politique de l'autruche. Se payant même le luxe de donner des leçons à l'Aquarius en le désignant comme complice des passeurs. Le deuxième semestre vit une radicalisation des situations. Les bateaux humanitaires se firent rares, l'Aquarius fut contraint de rester à quai à Marseille après la perte de son pavillon. Les migrants s'entassaient aux portes de l'Europe et l'exil emprunta de nouvelles routes par le détroit de Gibraltar. Entre octobre et décembre 2018, le flux ne cessa de gonfler entre l'Espagne et la France via les frontières d'Irun (Pays Basque) et Port Bou (Catalogne). Fin octobre, alors que nous bouclions la présente édition, on recensait quotidiennement une centaine de nouveaux exilés place des Basques à Bayonne. « On n'a pas vu ça depuis la retirada » confiait le président de la Croix-Rouge d'Irun !

Ironie du sort. A Bayonne, les migrants francophones venus de Guinée, Mali, Côte d'Ivoire, Cameroun prennent place à bord des bus Macron pour rejoindre Paris. Ignorant sans doute leur impossibilité à déposer une demande d'asile au pays de leur rêve. Gageons que nous les retrouverons dans quelques mois, errant dans les CAO (Centre d'Accueil et d'Orientation) de nos départements pendant que les candidats aux élections européennes s'écharperont sur la meilleure façon de les jeter à la mer ou dans le premier avion pour Bamako.

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